lundi 19 septembre 2016

La nature humaine de Donald W. Winnicott


Les médecins ne l'ont encore jamais avoué : ils sont fascinés par la maladie. Ça semble évident : pour traiter la maladie, il faut connaître la maladie. Donald propose autre chose : pour retrouver la santé, il faut connaître la santé. L'approche positive, c'est cool. 

« Avec l'hypothèse d'une absence de maladie corporelle primaire, on peut examiner l'entrelacement progressif du corps et de la psyché d'une personne, et formuler certains principes fondamentaux. »

Ce livre est issu de nombreuses années de réflexion made in années 60-70. La thèse centrale repose sur le lien entre la psyché et la soma. Qu'est-ce que c'est que ça, et comment que ça se lie, et qu'est-ce que la mauvaise santé, et qu'est-ce que la bonne santé ? Winni the poo avait déjà fait oeuvre charitable auprès des mères anxieuses en leur disant qu'elles arrêtent de se prendre la tête avec les conseils sous lesquels on les ensevelit : en vrai, si elles écoutent leur bonheur d'être mère (ce qui se produit dans des circonstances suffisamment bonnes), elles s'occupent alors suffisamment bien de leur bébé, et celui-ci n'a besoin ni de plus, ni de moins. C'est un genre de télépathie bébétique. 

Pour la santé, c'est pareil. On demande pas aux gens de vivre éternellement, d'être beaux, de faire du footing tous les jours et de ne jamais se choper un rhume ou une allergie. « L'être humain en bonne santé est affectivement mûr en fonction de son âge au moment considéré » : voilà, c'est une question de mener sa barque dans les temps impartis, sans anticiper ni régresser. 

Par exemple, le complexe d'Oedipe, ça a l'air chiant et vilain, oh, la, la. En vrai, « la castration symbolique amène un soulagement » et permet de contrôler la pulsion dans le cadre de la première relation triangulaire rencontrée par l'enfant. Un mauvais accomplissement de ce stade se remarquerait plutôt par le refoulement des représentations et l'inhibition des fonctions qui dérivent du conflit ambivalent, ce qui nous renvoie plutôt au faux-self dont nous parle si souvent Donald. Prenons encore l'angoisse : l'état de santé ne consiste pas en son absence mais en la capacité d'utiliser au bon moment certaines défenses psychologiques pour dépasser le conflit. Tout cela est très nuancé et le principal, c'est de pas trop se prendre la tête tant que l'énergie circule, tantôt en bas, tantôt en haut, tantôt riante, tantôt pleurnicheuse, parce que l'être en bonne santé a besoin de tout ça pour se sentir vivre, et c'est ça la santé : se sentir vivre. 

« Un développement sain requiert, de façon essentielle, une certaine concentration, un doute concernant le self, le besoin de périodes de recueillement en soi-même, et une disposition à des phases provisoires de désespoir. »

L'esprit (ou intellect) est un peu laissé de côté parce que cette fonction est secondaire et résulte de l'adaptation de la mère aux besoins de l'enfant. Dans le cas où la mère est trop présente et étouffe les initiatives du bébé, celui-ci risque de devenir mou et passif (pour ne pas dire con). Au contraire, si la mère ne fournit pas les soins suffisants, le bébé devra apprendre à se materner tout seul et il sera obligé de faire turbiner son intellect à un âge précoce. On retrouve ce phénomène chez certains adultes lorsqu'ils se mettent à bouder : avec cette régression, un clivage s'instaure entre leur moi mature et leur moi infantile, le premier essayant de materner le second avant de refaire surface pour aborder, en bons caliméros, ce monde qui les malmène. 

Et en philosophie, ça donne quoi tout ce merdier ? Donald résume à gros traits : 
- Les bébés qui ont été fortunés donneront des adultes qui savent bien que le contact entre réalité extérieure et intérieure n'est pas direct mais procède d'une illusion, mais comme ça marche, ce problème philosophique les indiffèrera, ou les amusera.
- Les bébés qui ont été moins fortunés donneront des adultes qui sont déjà un peu plus emmerdés par l'idée de n'avoir pas de contact direct avec la réalité extérieure et ils se sentiront tout le temps menacés par la perte de la capacité de relation. Ils trouveront que c'est un problème philosophique crucial.
- Les bébés encore moins fortunés donneront des adultes qui n'ont aucune capacité d'illusion de contact. Ça pourra les rendre fous, jusqu'à la schizophrénie si affinités.

Encore une fois, la santé est une question de souplesse : reconnaître que le monde n'est pas parfait, mais s'en amuser et trouver suffisamment de créativité en soi pour s'en accommoder, et progresser.

Terminons enfin sur quelques phrases magiques : 
- « le cerveau fonctionne silencieusement et ne cherche pas à être reconnu. »
- « [Pour l'enfant], un sourire ou un geste minime a le même effet qu'une journée de travail accomplie par l'adulte. »

- « L'être humain dans sa maturité n'est ni aussi gentil, ni aussi mauvais que l'immature. L'eau dans le verre est boueuse, mais ce n'est pas de la boue. »


Parce que ça fait toujours plaisir, des pensées sauvages.