mercredi 30 juillet 2014

Les rapports avec les morts (1913) de Rudolf Steiner






Pour le fondateur de l’anthroposophie, l’âme chemine selon des cycles de deux phases faisant s’alterner ce que nous désignons –avec la modestie de nos moyens- : la vie entre la naissance et la mort, et la vie entre la mort et la naissance. 


Nous distinguons toujours, comme d’habitude avec Rudolf Steiner, les quatre corps de l’Homme : corps physique, corps éthérique, corps astral et le Moi. Lorsqu’elle meurt, l’âme abandonne son corps physique. Le corps éthérique est ensuite directement concerné dans le processus qui l’attend suite à cet événement majeur de la réalisation de son karma (Rudolf Steiner en évoque rapidement quelques modalités mais ne s’attarde pas car cette thématique fait déjà l’objet de cinq autres livres). Dans un mouvement d’expansion, le corps éthérique progresse à travers le cosmos en passant par diverses sphères célestes :
- La sphère de la Lune à travers laquelle l’âme abandonne toutes les intentions qu’elle n’a pas réussi à achever, non qu’il s’agisse de faiblesse ou de paresse mais parce que cet échec était nécessaire.
- La sphère de Mercure, lieu de condamnation anthroposophique puisque toute âme traversera cette sphère en fonction de la vie menée sur Terre : en ermite vivant dans la détresse ou dans la joie de rencontrer des entités des mondes supérieurs. 
- La sphère de Vénus, lieu de reflet des impulsions artistiques et religieuses à travers laquelle l’individu pourra rejoindre sa communauté de cœur ou cheminer, une fois encore, dans la solitude glaciale qui traduit la stérilité de son existence précédente.
- La sphère du Soleil, à laquelle ne peuvent accéder que les êtres qui sont capables de comprendre le passage de la subjectivité à l’objectivité universelle. C’est le lieu de rencontre du Christ et de Lucifer, également indispensables à l’accomplissement du karma.
- La sphère de Mars permet d’approfondir la communion avec les êtres spirituels supérieurs mais ne demeure toutefois qu’au stade des balbutiements et des intuitions. A partir de cette limite, seules les âmes les plus évoluées peuvent encore cheminer.
- La sphère de Jupiter poursuit cette communion en permettant aux âmes d’accéder à la compréhension et au langage des entités supérieures.
- La sphère de Saturne permet l’accomplissement final de la communion de l’âme avec les entités supérieures.
La traversée de ces trois dernières sphères est éludée. Dans le Rapport avec les morts, ce qui nous importe est de savoir communiquer avec les âmes récemment libérées, celles qui n’ont pas encore traversé la sphère lunaire.



Rudolf Steiner prodigue des conseils pour les morts à l’usage des vivants. Il s’agit d’aider les âmes à parcourir sereinement les différentes sphères célestes en leur faisant la lecture (prière personnelle pouvant revêtir n’importe quelle forme à condition qu’elle utilise un langage spirituel compréhensible par le corps éthérique et non pas un langage faisant appel aux notions de notre monde physique) ou en favorisant notre vie onirique puisque nos rêves constituent la nourriture des défunts les plus proches. 


Peu importe la réalité de ce que nous raconte Rudolf Steiner. Rien ne peut nous prouver que ce qu’il avance est effectif parce que ses théories font appel à la persuasion sentimentale et affective et pas à la conviction rationnelle. Rudolf Steiner est un conteur inégalable qui ne s’abaisse pas aux concessions habituelles des artistes de la narration. Il nous explique tout à l’aide de ses légendes merveilleuses. Lorsque l’âme traverse la sphère céleste lors de son mouvement d’expansion, elle abandonne derrière elle ses intentions inachevées –qu’il s’agisse d’un projet intime ou d’une invention importante pour l’humanité. Ces intentions flotteront en attendant d’être récupérées par une âme qui traversera la sphère lors de mon mouvement de contraction, à l’aube d’une nouvelle naissance, et constituera le réservoir potentiel de sa destinée. Ainsi s’explique ce qu’on appelle le progrès et qui ne serait autre que le relais d’un flambeau d’une âme à une autre.


Rudolf Steiner nous explique également que l’homme moderne a perdu cette capacité qu’avaient les hommes plus primitifs de communiquer avec l’au-delà par l’investissement presque total de ses forces physiques dans la mise en place d’une structure cérébrale et d’une bipédie coûteuses. A condition de sacrifier un ou plusieurs acquis de nos domaines culturels pendant quelques années, il devient à nouveau possible de libérer les forces économisées afin de développer ses dons de spiritualité et de clairvoyance. 


Parmi d’autres informations savoureuses, Rudolf Steiner nous apprend que, tout comme l’homme physique se nourrit d’aliments physiques cultivés dans les champs, l’homme éthérique se nourrit des pensées spirituelles que nous leur abandonnons chaque nuit au cours de nos rêves. Une humanité sans sommeil –qu’elle soit plongée dans les affres de l’insomnie ou abrutie par un sommeil artificiel- constitue la famine de nos morts. Se vengeront-ils ?


Rudolf Steiner ne se cache pas d’être un conteur primitif qui fera rire les plus sceptiques. Sûr de lui, il ne cherche pas à s’opposer à ces « forces de l’obstruction » qui se parsèment sur la route de l’âme spirituelle pour ralentir son évolution. Il ne cherche pas à les convaincre en s’abaissant à utiliser leurs armes rationnelles puisque son objectif est de dépasser la société matérialiste, à l’origine de la dégénérescence de notre société, pour trouver une plus grande harmonie spirituelle. Renouer le contact avec les morts ne signifie pas allumer des bougies, se vêtir de noir et psalmodier des incantations en rêvant au parcours cosmologique de nos proches parents décédés : cela signifie se détacher des contraintes matérielles immédiates de notre quotidien pour retrouver l’espace sacré de l’universel, se mettre au diapason des rythmes du cosmos pour mieux en comprendre le fonctionnement –tous mouvements d’expansion qui permettront en retour de se replier sur son âme pour écouter les plaintes karmiques de ses intentions et communions nécessaires. Les légendes qui servent de base au transport d’idées que notre langage ne peut pas exprimer constituent les plus merveilleuses histoires que je n’aie jamais lues –parce que leur potentiel poétique devient infini au croisement de l’application universelle qu’elles supposent.


Les prophéties des initiateurs à l’ère du Verseau appellent ici à un retour massif vers le spirituel après l’ère de matérialisme que nous avons connue. Rudolf Steiner précède de peu Jean-Charles Pichon en évoquant l’idée d’un mouvement chronologique de l’à-venir à ce-qui-a-été (et légitimant par la même occasion les calculs astrologiques : « La position des planètes [au moment de la naissance d’un homme] indique au fond ce que l’homme lui-même avait gravé préalablement dans ces sphères. Du point de vue de l’astrologie, cette position, mais également la position des planètes par rapports aux étoiles fixes, constituent une sorte d’indication de ce que nous avons-nous-mêmes gravé dans les différentes sphères »).


Bientôt viendra l’heure où, sans renier catégoriquement les avancées de l’ère matérialiste, nous rejetterons son paradigme obtus et rationnel pour nous lancer tête la première vers une nouvelle ère de spiritualité –l’archaïsme à son degré supérieur. Un siècle avant nous, Rudolf Steiner semblait avoir deviné l’appel pressant que la figure du Verseau opposerait aux générations vivantes de notre humanité actuelle : développement des médecines parallèles, chamanisme, mythes de la communion de l’homme et des éléments, investigation des sphères de l’occulte et du spirituel…connaissent une croissance exponentielle face à laquelle l’ancienne école matérialiste se trouve de plus en plus désarmée. Rudolf Steiner avait peut-être raison de croire que nous sommes attirés par ce qui doit nécessairement advenir –le Verseau et son engeance spirituelle- mais le point de vue des observateurs matérialistes fonctionne aussi : la situation actuelle de percée du spirituel peut très bien être le résultat causal de l’élargissement de la sphère d’influence des mouvements similaires à celui de l’anthroposophie. Si Rudolf Steiner se réincarne dans un millénaire, la nécessité sera inverse : essoufflé par une ère de spiritualité qui sera parvenue à sa dégénérescence, il nous enjoindra alors à abandonner nos fantasmes et nos croyances concernant le monde des morts pour mieux nous préoccuper de notre vie strictement physique. Mais peut-être, aussi, en sera-t-il tout autrement…



Aurait-il influencé Wittgenstein et sa définition du mystique ?

Citation :
« Il est très difficile de parler de cette autre vie en se servant du langage courant, car notre terminologie est formée à l’intention du monde dans lequel nous vivons depuis la naissance jusqu’à la mort ; notre langage s’applique essentiellement aux choses de ce monde.


Le sens du mystère du Golgotha enfin révélé !

Citation :
« De toutes les entités suprasensibles qui existent au-dessus de l’homme, le Christ est le seul à avoir subi lui-même l’épreuve de la mort. »


Une lecture qui éclaircit les conceptions actuelles de la physique quantique :

Citation :
« Au cours de notre existence nous sommes protégés contre beaucoup de malheurs. Bien des choses susceptibles de se produire ne se produisent pas. C’est que dans la vie nous ne tenons compte que des réalités extérieures et non des virtualités, mais ces dernières existent toujours, à l‘ombre de la vie qui se déroule. […] A tout moment nous côtoyons des événements virtuels qui ne se concrétisent pas. »


Des explications poétiques qui peuvent faire rire. Rudolf Steiner semble vouloir faire revivre une pensée mythologique antique. Si nous respectons la pensée antique, pourquoi tourner en dérision cette volonté de la transposer à l'ère moderne ?

Citation :
[Selon Steiner, au XVIIe siècle, le Bouddha atteignit la dernière de ses incarnations terrestres et n’eut plus besoin de redescendre sur Terre. Il s’installa sur Mars, alors remplie de forces guerrières et réalisa un sacrifice pour convertir ces forces en paix et amour.
Résultat : ]

« Dès le XIXe siècle sont apparus au regard de ceux qui sont capables de les voir, des hommes qui peuvent développer sur terre leurs facultés, du fait qu’ils ont subi les influences du Bouddha lors de leur passage par la sphère de Mars. » 


A propos de la lecture faite aux morts:

Citation :
« La personne demeurée sur terre peut en quelque sorte lire à l’intention du mort un ouvrage important de la science de l’esprit ; le défunt l’écoute. Il s’agit d’un fait que le clairvoyant peut constater. »


Une vision poétique du progrès...

Citation :
« Il est important de savoir que pour les temps à venir les imperfections de l’époque antérieure sont bien plus importantes que les perfections. Ces dernières sont là pour être contemplées, mais ce qui a atteint un certain degré de perfection sur terre est achevé, est arrivé au terme de son évolution. Par contre, ce qui était imparfait constitue le germe de l’évolution divine suivante. Nous rencontrons ici un contraste étrange mais grandiose. Ce qu’il y a de meilleur pour une époque à venir trouve sa source dans l’imperfection fructueuse, dans l’imperfection justifiée et fructueuse de l’époque précédente. […] Seules les imperfections dues à des nécessités, et non les intentions abandonnées par commodité, peuvent avoir un effet semblable à celui que nous avons décrit. »


Pourquoi Rudolf Steiner fait du bien ?

Citation :
« […] Au même titre que les oiseaux sont chassés par la fumée des cheminées, le bonheur et la fraîcheur d’âme, l’harmonie et plus généralement la richesse de la vie intérieure doivent nécessairement dépérir sous l’influence de la civilisation matérialiste, si la science de l’esprit ne réussit pas à apporter à l’âme humaine la spiritualité dont elle a besoin. »


*dessins d'Ernst Haeckel

lundi 28 juillet 2014

Tous les espoirs de guérir – Tome 2 (1974) de Jean Palaiseul






Et si on calmait les prétendus progrès de la médecine en rouvrant les livres de thérapeutique des années 70 ? Jean Palaiseul, montre-nous ce que tu as dans le ventre. 


Avant d’ouvrir le livre, je ne lui accordais pas une durée de lecture supérieure à un quart d’heure –le temps de me rendre compte que les propos méritaient tout juste mon attendrissement condescendant envers une époque que des décennies d’expérimentations auraient révolue. Ma lecture prit finalement plus de temps que prévu jusqu’à ce que, ayant refermé la dernière page, je décide de revenir plus rapidement au point d’origine de ce volume pour lui accorder l’attention qu’il mérite. 


Jean Palaiseul aborde une quinzaine de thérapeutiques dénigrées à son époque et aujourd’hui véritablement tombées en désuétude ou reconsidérées à l’aune de nos récents penchants vers les remèdes alternatifs. La liste exhaustive est la suivante :
• Cellulothérapie (Paul Niehans) : Sollicitation faite à un organisme déficient de s’éveiller par une implantation par injection.
• Solvarome (Jean Valnet) : Mélange d’huiles essentielles.
• Rhumacutine (Wilhelm Ponndorf) : Ajout à un vaccin antituberculeux d’un autolysat d’albuminoïdes.
• Techniques manuelles réparatrices : Méthode seifuku inventée par les médecins judokas d’antan.
• Alphosyl (laboratoire de New Jersey) : Crème dont les composants sont un extrait spécial de goudron de houille et d’allantoïne.
• Peroxydases synthétiques (Jean Solomidès) : Injection d’ERP provoquant l’autolyse de la cellule cancéreuse.
• Jaunitine : Comprimés de plantes pures séchées et pulvérisées.
• Bol d’air (René Jacquier) : Bol insufflant des composés de térébenthine afin d’améliorer la fixation de l’oxygène.
• Proper-myl (Protti) : Utilisation des levures dans un rôle thérapeutique.
• Argile : en usage externe ou interne.
• Umka (Sechehave) : Herbe africaine.
• Méthode Osterman (Herbert Osterman) : Semelles adaptées pour le rétablissement de l’équilibre du bassin.
• Viscumthérapie (Rudolf Steiner) : Considération des déséquilibres entre le corps physique et le corps éthérique.
• Graines Jura : Macération de neuf plantes médicinales dans du cognac.
• Homéopathie (Christian-Samuel Hahnemann).
• Vit-u-pept (Garnett Cheney) : Comprimés contenant de la vitamine U (composé actif du chou).
• Toile souveraine : Pansement avec un onguent à base de protoxyde de plomb.
• Sepdélénothérapie (Alexandre Müller) : Composé de sels minéraux.
• GT 50 (Edward Calvin Kendall) : Combinaison de vitamines, d’hormones et de substances neurotropes.
• S.B.S. : Préparation à base de mucopolysaccharidique (molécule présente en abondance dans les êtres vivants jeunes et servant à l’activité des échanges du liquide interstitiel).
• Méthode du Docteur Rouger : Solution d’oléate de soude et de stéarate de soude.
• Capillarothérapie (Alexandre Salmanoff) : Stimulation de la partie humorale des organes par la prescription de bains chauds.


Chacune de ces méthodes devrait pouvoir guérir des affections spécifiques et dans leur ensemble, elles constituent une pharmacopée qui pourrait être absolue si ce n’étaient leur difficulté d’accès et la rareté des composants qu’elles peuvent utiliser.


Que peut-on penser aujourd’hui de cette liste d’applications ? Si l’homéopathie, l’argile ou les méthodes techniques manuelles gagnent du terrain et trouvent de moins en moins d’opposants, il faut se rappeler que leur légitimation a pris du temps et s’est heurtée à de nombreux discrédits –ainsi vaut-il mieux faire preuve aujourd’hui de modestie avant de rejeter intégralement les aberrations de la Toile souveraine et de son composant au plomb ou du GT50 et de ses hormones. Le livre de Jean Palaiseul ne constitue pas un plaidoyer dont nous serions les juges habiles à déclarer la plus ou moins grande légitimité d’un traitement. Même lorsque les remèdes proposés nous semblent défier les règles de la médecine actuelle –une médecine qui évolue, se contredit et se réforme d’année en année-, le cheminement d’un homme ou d’une équipe de chercheurs ne ment jamais sur une réalité de la maladie et de la médecine visée par leurs études. 


Il peut sembler stupide que des bains chauds réguliers puissent améliorer la santé d’un individu et pourtant, il suffisait de réfléchir au fait que la chaleur dilate les vaisseaux sanguins –augmentant ainsi la quantité d’échanges intracellulaires et améliorant la nutrition, sollicitant le système immunitaire et permettant une meilleure irrigation générale de l’organisme- pour comprendre que la chaleur est au moins un traitement de fond bénéfique s’il n’est pas le remède miraculeux qui permettra de redonner la vie à un mourant.


Déjà, le cancer apparaissait en tête des terreurs médicales à asservir rapidement à la connaissance humaine. Différentes manières de combattre cette maladie ont résulté de réflexions presque philosophiques : qu’est-ce que le cancer ? à quel processus social ou politique peut-on le rapporter ? Pour Rudolf Steiner, il s’agit d’un désaccord entre le corps physique et le corps éthérique, c’est-à-dire entre la matière et la forme, ce qui rappelle étrangement le concept de maladie somatique que l’on connaît bien aujourd’hui. Pour Jean Solomidès, la cellule cancéreuse est une cellule folle qu’il s’agit d’éliminer non pas de l’extérieur mais par une sollicitation intérieure, en injectant des ferments qui provoqueront son autolyse. Cet exemple nous présentant deux conceptions différentes ne doit pas nous faire croire que le livre de Jean Palaiseul est contradictoire : peut-être y a-t-il un peu de vrai dans chacune de ces modélisations. La médecine idéale serait la médecine quantique, celle qui ne se prend pas pour de la politique et qui n’élit pas une bonne fois pour toutes un parti en exclusion de tous les autres, mais celle qui considère tous les états possibles pour mieux choisir, en fonction du moment et de la personne voulus, celui qui conviendra le mieux. Ainsi pourra-t-on peut-être atteindre à cette « vie éternelle » dont rêvait Alexandre Müller et qui est la justification de l’existence de ce livre foisonnant. 



Que nous apprend la rhumacutine ?

Citation :
« C’est en étudiant les propriétés de la peau que le Dr Ponndorf remarqua qu’elle constitue pour le corps humain le meilleur organe par l’intermédiaire duquel on peut l’immuniser. Elle ne se contente pas, en effet, de filtrer des toxines bactériennes avant de les laisser pénétrer dans l’organisme, mais elle les accumule dans sa couche spinocellulaire, c’est-à-dire dans la partie superficielle de l’épiderme, où elle leur fait subir certaines modifications chimiques avant de les transmettre de façon permanente au sang. »


Et si on retrouvait les plantes ?

Citation :
« Les romains appelaient [la sauge] « l’herbe sacrée » et le Dr J.-B. Chomel dit d’elle : « Cette plante a tant de vertus qu’elle passe dans l’esprit de plusieurs pour une plante universelle et propre à tous les maux » ; […] l’ouvrage La Santé par les plantes d’Oertel-Bauer déclare qu’elle « exerce une influence salutaire sur l’organisme tout entier » . C’est un stimulant des fonctions de l’estomac ; elle nettoie le foie et les reins, améliore les sucs gastriques et le sang. »


Description du fonctionnement du bol d'air mis au point par René Jacquier (et de plus en plus à la mode en ce moment) :

Citation :
« […] De l’air barbote dans un flacon contenant de la térébenthine, et cet air, chargé de vapeurs de terpènes, souffle violemment, par l’intermédiaire d’un chalumeau, une petite flamme d’hydrogène qui est ainsi violemment refroidie […]. Ce refroidissement violent de la flamme d’hydrogène par un air contenant de la térébenthine, engendre la formation, à partir de cette dernière, de dérivés oxonium. Ces produits respirés […] conduisent à la formation dans les poumons du complexe biocatalytique oxygénant hémoglobine-oxyde à double liaison fragile, c’est-à-dire qu’ils augmentent considérablement et de façon durable l’activité physiologique de l’hémoglobine, donc augmentent puissamment l’assimilation permanente de […] l’oxygène de l’air. »


Méthode de dépistage précoce du cancer mise au point par Rudolf Steiner (réaction capillaire-dynamique) :

Citation :
« […] Dans une première phase, on fait pomper par du papier-filtre spécial roulé en cylindre une solution d’eau distillée et de sang prélevé dans la veine cubitale du sujet ; cette solution monte dans le papier et y dessine une ligne, parallèle à la base, qui semble avoir été tracée au crayon rouge ; dans une seconde phase, on fait monter dans le papier –qui a séché pendant quatre à cinq heures –un réactif à base de gui qui envahit la zone imprégnée et finit par en percer la ligne supérieure ; si le sang est normal, il se forme, au-dessus de la première ligne, une nouvelle ligne uniformément ondulée ; si le sang est cancéreux, on voit se dessiner des excroissances qui finissent par prendre une forme rappelant celle d’un chou-fleur. »


Quand la médecine devient poésie... à tort ou à raison ?

Citation :
« Parce que ce sont les forces lunaires qui ont exercé leur action cosmique dans la constitution du système nerveux central et parce que l’argent parmi les métaux, les perles parmi les pierres précieuses et le pavot parmi les plantes sont subordonnées à la Lune, pour toutes les affections du système nerveux central, le médecin-alchimiste se servira en premier lieu d’argent en dissolution spagyrique, combiné éventuellement avec des perles et du pavot, tous deux en préparation spagyrique. »


*peinture de Gerhard Mantz

vendredi 25 juillet 2014

Cioran – Ejaculations mystiques (2011) de Stéphane BARSACQ







Un livre qui ne dit rien sur Emil Cioran. Pire que ça : un livre qui veut nous amener à croire que l’on connaît Emil Cioran alors qu’il faudrait appliquer à cet auteur la maxime socratique suivante : la seule chose que l’on peut savoir à son sujet, c’est que l’on ne sait rien. Le risque ? S’imprégner de quelques-unes de ses péripéties biographiques –enfance rurale en Roumanie, études et engagement politique, désillusion et exil- et croire que le bonhomme figure enfin derrière une apparence cohérente. 


Ecrire un essai biographique sur Emil Cioran est forcément une affaire ratée d’avance. Stéphane Barsacq, plutôt talentueux, échoue à moitié. Lecteur apparemment avide et avisé de l’exilé, il aurait pu se contenter de ce conseil de lecture à l’usage des rétifs :


« Ceux qui lisent Cioran avec gravité en ratent l’essentiel : il ne propose pas des idées. Il vise une expérience, et fait état de la sienne, avec une frénésie continue. Peu de littérature moins intellectuelle que la sienne, car partout, il dresse la carte de ses humeurs et de ses désirs. Il se contredit ? Non. Il va de nuance en nuance. »


Et comme la littérature est une affaire d’hommes plus qu’elle n’est l’affaire d’un homme, Stéphane Barsacq nous permet également de relier Cioran à ses influences formatrices dostoïevskiennes et pascaliennes, ainsi qu’avec ses ressemblances ou dissonances contemporaines. 


« Plus il écrit, plus il fragmente ; plus il excelle, plus il est court. »


La perversité d’Emil Cioran ? Ramener la quintessence de la littérature à son minimalisme. Après lui, le risque majeur devient le suivant : ne plus apprécier ce qui ne tient pas en une ligne.


Barsacq aime vraiment Cioran -c'est ce qui le sauve : 

Citation :
« Chaque phrase est ciselée. On sent l’art. Cioran pense en artiste. La pointe est le péché de celui qui veut plaire. Mais ce ne sont pas que des artifices : quelque chose appuie, comme une trouée dans le sens des choses. »


Une explication de la vénération de Cioran vis-à-vis de son enfance ?

Citation :
« Qui pourra dire si, dans les souvenirs d’enfance, ce qu’on préfère, ce n’est pas soi, tel qu’on aurait pu exister, si seulement le temps n’avait pas été si rapide ? On s’y voit tel qu’on se rêve, dans l’absence d’un devenir fatal, soustrait à la marche du temps qui broie tout. »


Lorsque Barsacq rivalise (exceptionnellement) avec Cioran : 

Citation :
« […] L’indulgence est d’abord une affaire de désillusions. »


*dessin de John Kenn Mortensen

mardi 22 juillet 2014

HISTOIRE DES MYTHES (1971) de Jean-Charles Pichon





Bouleverse les conceptions. Hallucine le regard intellectuel. Connecte les idées éparses d’une conscience déboussolée. Condense des millénaires d’humanité. 


L’histoire des mythes de Jean-Charles Pichon s’enrichit d’influences mathématiques et quantiques pour relire plus de vingt millénaires de mythologie. L’analyse se veut indépendante de tout parti pris et de toute filiation historique. De fait, Jean-Charles Pichon corrige certaines conceptions de ses prédécesseurs. 


- Il est faux de dire que le Temps se dirige du passé vers l’avenir, de la cause vers l’effet mais : le Temps se dirige de ce qui sera (l’à-venir) à ce qui a été. Le mythe traduit une attirance vers laquelle nous nous dirigeons inéluctablement. 

L’expérience chaotique de Philippe Guillemant illustre cette conception : 

« Je travaille sur une simulation de système chaotique à partir de deux billards numé¬riques qui peuvent contenir 10, 100, 10 000 boules et plus, et dont les positions initiales sont strictement identiques à un « chouia » près, par exemple un écart d’un millionième de milliardième de rayon. Les boules ont d’abord exactement les mêmes trajectoires dans chaque billard puis divergent complè¬tement au bout de seulement quelques chocs par boule en moyenne. Si je fais tendre l’écart entre les positions initiales vers zéro, cela retarde simplement un peu le moment où les billards changent d’histoire […]. Or, on aboutit au paradoxe suivant : à partir d’un certain nombre de boules, cette mémoire des conditions initiales devient supérieure à la mémoire nécessaire pour stocker toutes les tra¬jectoires des boules durant l’histoire commune aux deux billards. […]Les équations de la mécanique sont réversibles par rapport au temps et il suffirait d’imposer des conditions finales pour résoudre ce pro¬blème. »


- Il est faux de dire que le passé est un mouvement continu alors que l’avenir est discontinu (parce que constitué de probabilités) mais : le passé est discontinu (nous employons des définitions et des souvenirs pour le rappeler) alors que l’avenir est continu (il nous contient et constitue le chemin sur lequel nous nous dirigeons).

- Il est faux de dire que passage du passé à l’avenir est défini par la vitesse mais : le temps résulte d’un mouvement d’inertie. Certaines expériences récentes prouveraient même que le Temps est une illusion dont se sert notre conscience pour pallier à l’impossibilité d’accéder à la dimension supérieure (Alain Connes, Carlo Rovelli). Philippe Guillemant suppose particulièrement qu’ « en imaginant que nous vivons sur un plan, se déplacer d’un point à l’autre induit le temps, alors que dans la 3D nous voyons les deux points simultanément. Le temps devient alors une dimension spa¬tiale. »


Jean-Charles Pichon systématise ensuite la classification des mythes par analogie avec la structure de l’électron :
- A : L’état de l’électron se définit par la probabilité de position sur couche (n/l/m/s) ; l’état du mythe se définit par sa positivé ou sa négativité (+/-).
- B : Le moment dynamique de l’électron traduit sa quantité de mouvement ; le mythe peut être décrit selon un aspect dynamique (ondulatoire) ou statique (corpusculaire).
- C : L’orientation de l’électron varie de +1 à -1 tandis que le mythe se mesure selon son degré d’entropie ou de néguentropie.
- D :Le spin traduit le mouvement angulaire de rotation de la particule sur elle-même et trouve sa réciproque dans la position probable du mythe sur chaque orbite temporelle.


Après simplification, Jean-Charles Pichon exclut la caractéristique C) réservée à un public d’initiés religieux et trop difficile à analyser dans toutes ses modalités. Il assimile également l’état (A) et le mouvement (B) du mythe en créant les entités plus simples :
- A(positif) + B(continu) = E1 = élément Air
- A(négatif) + B(discontinu) = E2 = élément Terre
- A(négatif) + B(continu) = E3 = élément Eau
- A(positif) + B(discontinu) = E4 = élément Feu


Il différencie trois sous-catégories de la caractéristique D) :
- A (Akh = le Vrai) : Le monde est contenu en Dieu.
- B (Ba = le Bien) : Dieu est contenu dans le monde par l’image.
- K (Ka = le Beau) : Dieu est extérieur au monde.
On retrouve ici la trinité platonicienne mais aussi la trinité musulmane et chrétienne du Je, du Toi et du Lui.


On obtient alors l’ensemble des combinaisons formant douze mythes distincts :
E1 + A (Balance) / E1 + B (Gémeaux) / E1 + K (Verseau)
E2 + A (Capricorne) / E2+ B (Vierge) / E2 + K (Taureau)
E3 + A (Cancer) / E3 + B (Poissons) / E3 + K (Scorpions)
E4 + A (Bélier) / E4 + B (Sagittaire) / E4 + K (Lion)


Ces mythes sont exclusifs et rappellent le principe d’exclusion de Pauli. Ils ne peuvent coexister au même endroit en même temps. L’histoire doit être conçue de manière cyclique. Reste à déterminer si ces cycles sont réguliers et quelles sont les modalités de leur avènement. 


On peut contester les prémisses posées par Jean-Charles Pichon mais il faut savoir que le travail fourni en amont par cet homme de recherches est colossal. Sans doute personne n’a encore jamais étudié autant que lui l’histoire des mythes et des sociétés secrètes depuis les premières traces qu’en a laissées l’humanité jusqu’à la publication de ses travaux dans le dernier quart de siècle. 


Le grand cycle est basé sur une année astrale de 25 920 ans ( 360° * 72° de rotation de la Terre par an le long d’une elliptique) au cours de laquelle se succéderont les douze maisons zodiacales. L’année astrale est elle-même divisée en quatre saisons de 6 480 ans (printemps / été / automne / hiver). Chaque saison contient trois mois de 2160 ans et les mois peuvent être découpés en décades. Ces décades sont influencées par l’activité solaire qui détermine l’éveil ou l’extinction des aspirations spirituelles de l’humanité. Les premières traces écrites s’accordent globalement sur une origine de l’année astrale actuelle débutant à -20 000 ans. Si on arrondit la saison de 2 160 ans à 2000 ans environs, on voit se succéder de -20 000 à -12 000 les divinités préhistoriques du Capricorne, puis du Sagittaire, puis du Scorpion et de la Balance. L’histoire commence vraiment en -12 000 avec le Grand Déluge qui a sorti l’humanité de l’Eden : en effet, en déplaçant l’axe de rotation de la terre de 21° à 23° par rapport à l’écliptique, le beau temps éternel fait place à une série de glaciations qui oblige les hommes à cultiver le sol, à élever des bêtes et à construire des cités. C’est le moment où la Vierge sévère et stérile prend le dessus et sauve l’humanité par sa prévoyance. 


« […] L’un des caractères constants de la divinité [de la Vierge] sera la continence, en même temps que la prévoyance ou la préservation. Dans L’homme et les dieux, suggérant l’idée que la Vierge pût être la divinité première des glaciations, je notais que cette continence et cette préservation nous expliqueraient l’étonnant phénomène de la survie de l’homo sapiens pendant les millénaires où dura le fléau.
[…] Dans cette hypothèse, élevée par les peuples au-dessus de tous les dieux, la Vierge fût devenue, en effet, la Première ; et ses servants –ou ses servantes eussent exercé sur tous la tyrannie la plus cruelle en même temps que la plus nécessaire. L’exigence de ne pas accroître sans limite la population des grottes n’aurait-elle pu conduire les prêtres à sacrifier l’enfant dès sa naissance, une fois atteint le nombre prévu ? Sinon à des rigueurs plus décisives ? » 



Suivent ensuite le Lion, puis le Cancer, les Gémeaux, le Taureau, le Bélier et le Poissons avec l’avènement de Jésus-Christ (aussi appelé « ichtius », le « poisson ») sous le signe conjugué de l’Eau et du Bien. 


La domination d’une divinité au cours de chaque saison détermine ce qu’on pourrait appeler un paradigme. Le passage d’une saison à une autre n’est pas brutal et l’étude des cycles intérieurs de chaque saison nous révèle que la divinité majeure ne domine réellement que du début de son cycle à +/- 500 ans. Ici, elle atteint son apogée et ne peut ensuite plus que déchoir au cours des 1 500 ans restants. Pendant ce temps, la relève travaille et prépare la venue du paradigme suivant. Ainsi en fut-il au cours de la saison du Poissons lorsque le grand Empire romain s’effondra et que Mahomet fit son apparition dans le paysage spirituel.


Avant de crier à l’ethnocentrisme religieux, rappelons que Jésus-Christ est aussi représenté par la symbolique de la Barque et de Vichnou car c’est le propre de chaque divinité dominante d’être polymorphe et de s’adapter à un contexte local.


Les cycles s’imbriquent les uns dans les autres à la manière de poupées russes : ce sont des images fractales qui contredisent l’idée de déterminisme qui pourrait être attachée à une vision cyclique et donc fatale de l’Histoire (car nous sommes bien d’accord : ce sont les mythes qui orientent l’Histoire et non pas l’Histoire qui s’embarrasse de mythes). Nous savons que certains évènements doivent se produire selon certaines orientations précises –mais nous ne savons pas comment ni avec quel degré de justesse chronologique ou spatiale. 


Un exemple parmi une infinité d’autres, entre 1440 et 1500 :
« Israël a été détruite, 2160 ans plus tôt, par les troupes assyriennes. Les rythmes de l’éternel Retour voudraient donc que Byzance le soit par le Saint Empire Romain Germanique […].
Ces ruses du Retour, cependant bien connu, trompent les cités, les peuples, les églises ; elles précipitent leur chute. Byzance s’effondre au moment prévu, mais sous les coups d’un adversaire imprévisible et qui, pour certains orthodoxes, était presque un allié au regard du Saint Empire. 
»



Ou encore, entre 300 et 480 :
« Les Barbares venaient du Nord (les Goths, les Francs), de l’Est- (les Turco-Mongols) et du Sud (les Arabes et les Vandales). […]
Il semble bien que le chaos qui se manifeste alors partout dans le monde, à Rome et à Byzance comme dans l’Inde et en Chine, s’explique par les mêmes données que le chaos notable, vingt-deux siècles plus tôt, en Assyrie, à Babylone, en Egypte et dans l’Inde.
C’étaient alors les ruées sémites (amorhéennes, jacobites, hyksos) avec leurs dieux cercle, serpent ou lune, puis les ruées aryennes, hourrites ou mitanniennes, avec leurs dieux archers, vierges, géméliques, qui renversaient les trônes et les dynasties, changeaient le sort des villes et, soudain, remplaçaient un panthéon par l’autre. »



Les dernières années sont observées selon le plus petit cycle mythique qu’il paraisse nécessaire de relever (en-deçà, on rejoint le cadre de l’individuel, lui aussi rythmé par différents cycles comme les cycles menstruels, l’alternance veille/sommeil ou l’anecdote selon laquelle « les organismes vivants contiennent moins de calcium à 11 heures le matin »). Que représenta la Seconde Guerre Mondiale d’un point de vue mythique ? L’abolition, justement, de tout éveil spirituel : « Nul éveil mythique n’est à craindre quand on supprime d’un trait 60 000 000 d’humains. »


Deux mille ans après le règne de l’Ichtius, nous devons en toute logique nous préparer à entrer dans la dernière ère zodiacale : celle du Verseau, c’est-à-dire de Dionysos, de l’Esprit-Saint, de l’ivresse et du théâtre, dans une revendication de liberté et d’indépendance, de fusion universelle et chaotique. Il faut rappeler que le contexte de publication de L’histoire des mythes, dans la fin des années 70, regroupait tous les éléments de confirmation d’une telle thèse. Nous serions donc à l’aube d’une période de gloire mythique qui va profondément changer nos manières de vivre et de penser. Fini le judéo-christianisme dominant : nous le quittons tranquillement pour une idéologie qui nous attire désormais davantage, et mieux vaut oublier que la maison du Verseau est la dernière que nous traverserons avant que l’année précessionnelle ne se termine. Que se passera-t-il ensuite ? Si nous reprenons une nouvelle année, alors nous confirmerons l’existence d’une dimension mythologique supérieure dont Jean-Charles Pichon n’a pas précisé la nature ; sinon, ce sera peut-être la fin de l’Histoire.



*peinture d'Augusto Giacometti

vendredi 18 juillet 2014

Bartelby le Scribe (1853) de Herman Melville


Il faut découvrir Bartelby comme si on ne connaissait pas les raisons de son succès littéraire (ou en tout cas, il faut faire semblant de les avoir oubliées). On progressera ainsi de l’ennui amusé –car même au-delà de son personnage principal, Herman Melville sait conférer aux seconds rôles et aux décors les symptômes d’une absurdité généralisée- au délire froid et disjoncté. On ne sait pas si Bartelbys’ébroue dans la folie ou s’il assume une perversité qu’il déguste en tête à tête avec lui-même. Son vice tient en une seule phrase insignifiante qui finit par envahir totalement l’horizon de la nouvelle. Très mal rendue dans cette traduction, on lui préfèrera la tournure plus ancienne du : « Je préfèrerais ne pas » qui traduit en quelques mots le mystère apparent du personnage –obsolète, méprisant, lascif- tout en litote ironique, traduisant une rhétorique parfaite qui écrase l’adversaire et l’empêche de trouver la moindre prise pour répliquer.


La réussite de la formule transmet son pouvoir tortionnaire jusqu’au lecteur. Maître du sadisme appliqué, Bartelby déchaîne nos propres fantasmes de cordiale infamie. On trépigne sur place tout au long de cette lecture d’une effroyable cruauté. D’un fond mouvementé, elle présente pourtant une apparence d’austère civilité : la culture est d’une barbarie effroyable !



Oh my god !

Citation :
« […] J’étais fort inquiet de ce que Bartelby pouvait bien faire dans mon étude en bras de chemise et, d’une manière générale, dans un appareil aussi débraillé, un dimanche matin. Se passait-il quelque chose d’incorrect ? Non, cela était hors de question. On ne pouvait soupçonner Bartleby d’être un personnage immoral. Mais que diantre faisait-il là ? De la copie ? Pas davantage : quelles que pussent être ses excentricités, Bartleyby était une personne éminemment protocolaire. Il eût été le dernier à s’asseoir à son pupitre dans une condition voisine de la nudité ? »


Citation :
Il vivait donc de biscuits au gingembre, je pensais ; ne prenait jamais un repas, à proprement parler. Il devait être végétarien, alors ? Mais non, il ne mangeait même pas de légumes, il ne mangeait rien que des biscuits au gingembre. Je me laissai aller à des rêveries quant à l’effet probable sur la constitution humaine d’une vie entièrement basée sur les biscuits au gingembre. On les appelle ainsi, biscuits au gingembre, parce qu’ils contiennent du gingembre parmi leurs constituants principaux, et que c’est celui qui leur donne leur arôme principal. Mais qu’est-ce que le gingembre ? Une chose forte, et épicée. Est-ce que Bartleby était fort et épicé ? Pas du tout. Le gingembre n’avait aucun effet sur Bartleby. Il préférait même probablement qu’il en soit ainsi.


*photo de Noah Doely